La cohabitation intergénérationnelle solidaire permet à une personne de 60 ans ou plus de louer ou sous-louer une partie de son logement à un jeune de moins de 30 ans, contre une contrepartie financière modeste. Elle est encadrée en France depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018 et par les articles L.631-17 à L.631-19 du Code de la construction et de l’habitation.
Ce dispositif se distingue de la colocation classique : il repose sur un contrat spécifique, hors du champ de la loi du 6 juillet 1989 sur les baux d’habitation. Il vise à lutter contre l’isolement des seniors et à faciliter l’accès au logement des jeunes.
Ce guide présente le cadre juridique en vigueur, les différents modes d’échange possibles, la fiscalité, les retours d’expérience documentés et les points de vigilance.
Colocation ou cohabitation intergénérationnelle : de quoi parle-t-on ?
La cohabitation intergénérationnelle solidaire est un dispositif légal où un senior héberge un jeune dans son logement, avec un contrat et une contrepartie modeste. Le mot « colocation » est le terme courant, mais le terme juridique est « contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire ».
La cohabitation intergénérationnelle solidaire, créée par la loi ELAN de 2018 (articles L.631-17 à L.631-19 du CCH), permet à une personne de 60 ans ou plus de louer ou sous-louer une partie de son logement à un jeune de moins de 30 ans contre une contribution financière modeste, sous un contrat spécifique non soumis à la loi du 6 juillet 1989.
Une colocation entre un senior et un étudiant est-elle forcément une cohabitation intergénérationnelle solidaire ? Non. Si les parties préfèrent un bail de colocation classique, elles relèvent du droit commun de la location. Le dispositif solidaire suppose les conditions d’âge et la contrepartie modeste prévues par le Code de la construction et de l’habitation.
Le cadre légal en 2026
Les textes de référence
- Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (loi ELAN), article 117 : elle a créé le contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire.
- Articles L.631-17 à L.631-19 du Code de la construction et de l’habitation : règles propres à ce contrat.
- Article L.118-1 du Code de l’action sociale et des familles : objectifs du dispositif (lien social, accès au logement des jeunes).
- Arrêté du 13 janvier 2020 : il définit la charte de la cohabitation intergénérationnelle solidaire.
À la date de rédaction, aucun texte nouveau modifiant ce cadre en 2026 n’a été identifié lors de nos recherches. Les règles de 2018 et la charte de 2020 restent la référence.
Le dispositif existait-il avant 2018 ? Oui, la pratique existait depuis les années 2000, sous forme de chartes et de modèles de conventions portés par des associations. La loi ELAN lui a donné un cadre juridique propre.
Les conditions du contrat
Le contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire réunit les éléments suivants :
- l’hébergeant a 60 ans ou plus, qu’il soit propriétaire ou locataire ;
- l’hébergé a moins de 30 ans ;
- une partie du logement est louée ou sous-louée ;
- une contrepartie financière modeste est convenue entre les parties ;
- un contrat écrit est signé par les deux parties.
La loi du 6 juillet 1989 ne s’applique pas à ces contrats. Les règles générales du droit des contrats du Code civil s’appliquent.
Quelle est la durée du contrat ? Elle est fixée librement par les parties. Si l’une des deux met fin au contrat, le préavis est d’un mois, selon l’Institut national de la consommation (INC).
Les services en contrepartie
Le contrat peut prévoir de petits services rendus par le jeune, comme une présence rassurante. Ces services ne doivent pas ressembler à des prestations ménagères régulières et ne créent pas de lien de subordination : le Code du travail ne s’applique donc pas. La charte exclut les soins infirmiers.
Le jeune peut-il aider pour les courses ou le ménage ? Des services ponctuels et non lucratifs peuvent être prévus au contrat. Un travail régulier relèverait d’un autre cadre (emploi à domicile), avec ses propres règles et obligations.
Et dans le parc social ?
Les locataires du parc privé comme du parc social peuvent sous-louer une partie de leur logement dans ce cadre. Selon l’INC, le locataire doit informer son bailleur au préalable, mais celui-ci ne peut pas s’y opposer. L’accord écrit du bailleur, normalement exigé pour une sous-location, n’est pas requis dans ce cas.
La fiscalité : ce que le senior déclare
La contrepartie financière perçue par le senior est un revenu à déclarer. D’après Cohabilis, elle est imposée en bénéfices industriels et commerciaux (BIC) si la chambre est meublée, et en bénéfices non commerciaux (BNC) si elle ne l’est pas.
Une exonération d’impôt sur le revenu existe pour la location meublée d’une pièce de sa résidence principale à un locataire qui en fait sa résidence principale, lorsque le loyer reste raisonnable (article 35 bis du Code général des impôts). Les plafonds de loyer sont réévalués périodiquement : à vérifier sur impots.gouv.fr pour l’année en cours.
Le loyer perçu influence-t-il les aides du senior ? Il peut être pris en compte dans les ressources pour certaines aides sous condition de ressources. Il convient de le déclarer et de se renseigner auprès de l’organisme concerné (CAF, caisse de retraite).
Le jeune peut-il percevoir une aide au logement ? L’éligibilité dépend de la nature du contrat et de la situation du jeune. Elle se vérifie auprès de la CAF avant la signature.
Le rôle des associations
Une association peut faciliter la mise en relation et le suivi. Selon la charte de 2020, les organismes signataires s’engagent notamment à promouvoir le dispositif, à vérifier que le logement est sûr et en bon état et à accompagner les deux parties.
Le déroulement ci-dessous correspond à une pratique courante, à confirmer auprès de chaque structure.
L’intermédiation d’une association est-elle obligatoire ? Non, la loi ne l’impose pas. Elle est cependant recommandée, car elle apporte un cadre et un suivi, notamment pour la première cohabitation.
Retours d’expérience : ce que disent les chiffres disponibles
Il n’existe pas, à notre connaissance, de statistique nationale officielle sur le nombre de cohabitations en cours. Les données disponibles viennent des associations et des organismes qui les soutiennent. Elles sont déclaratives.
Ces chiffres sont datés et propres à chaque structure. Ils ne mesurent ni la durée moyenne des cohabitations, ni le taux de ruptures, ni la satisfaction globale.
Ce que les participants rapportent
Les témoignages publiés par les associations et les organismes de retraite mettent en avant des bénéfices récurrents :
- une présence rassurante au quotidien pour le senior ;
- un logement plus accessible pour un jeune, dans des villes où les loyers sont élevés ;
- des échanges entre générations.
Une participante citée par la Carsat Bretagne, à Vannes, explique vouloir aider un jeune, car se loger à prix raisonnable est difficile dans sa ville.
Cette formule convient-elle à tout le monde ? Non. Elle suppose une chambre disponible, une envie de partager le quotidien et une compatibilité de rythmes. Elle ne remplace pas une aide à domicile ni un accompagnement médical.
Les limites et points de vigilance
- Pas un substitut à l’aide humaine : en cas de perte d’autonomie, l’aide à domicile et l’APA restent les réponses adaptées.
- Assurance : l’hébergeant et l’hébergé doivent vérifier leurs contrats d’assurance habitation et responsabilité civile.
- Règles de vie commune : horaires, invités, usage des espaces communs, à préciser par écrit.
- Respect de l’intimité : le contrat protège l’autonomie de chacun.
- Droit de mettre fin : le préavis d’un mois permet d’arrêter si la cohabitation ne convient pas.
- Vulnérabilité : la famille peut accompagner le senior dans ses choix, sans décider à sa place.
Cohabitation intergénérationnelle et résidences seniors
La cohabitation intergénérationnelle se pratique aussi hors du domicile privé. Certaines associations proposent des studios en résidence autonomie, où des étudiants vivent au sein de la résidence. Cette formule est portée par la structure d’accueil et les associations partenaires.
Ces expériences montrent une complémentarité avec les autres modes d’habitat senior (résidence autonomie, résidence services seniors, habitat inclusif). Le choix dépend du degré d’autonomie, du budget et du souhait de vie partagée.





