La dénutrition du senior se repère à une perte de poids involontaire, à un appétit qui diminue et à un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 22 après 70 ans. Elle s’évite en pesant la personne régulièrement, en fractionnant les repas et en enrichissant les plats en protéines et en énergie.

Selon la Haute Autorité de santé (HAS), citée dans une réponse ministérielle de 2021, la dénutrition touche 4 à 10 % des personnes âgées vivant à domicile, 15 à 38 % de celles vivant en établissement et 30 à 70 % de celles hospitalisées.

Ce guide présente les critères officiels de diagnostic, les signes d’alerte, les repères alimentaires, le rôle des compléments nutritionnels oraux et les actions concrètes à mener à la maison ou en résidence.

Qu’est-ce que la dénutrition chez la personne âgée ?

La dénutrition est un état où les apports alimentaires ne couvrent plus les besoins du corps en énergie et en protéines. Le corps puise alors dans ses réserves, notamment ses muscles.

Elle ne se limite pas à la maigreur. La HAS précise qu’un IMC normal ou élevé n’exclut pas la dénutrition : une personne en surpoids peut aussi être dénutrie.

Pourquoi les seniors sont-ils plus exposés ? L’appétit peut baisser avec une maladie, un traitement, des problèmes de dents, la solitude ou la difficulté à faire les courses et la cuisine. Ces facteurs s’additionnent souvent.

Quels chiffres en France ?

Lieu de vie
Part de personnes âgées dénutries
À domicile
4 à 10 %
En établissement
15 à 38 %
À l'hôpital
30 à 70 %

Source : HAS, citée dans la réponse du ministère à la question écrite n° 31925 (Journal officiel du 9 mars 2021). Ces chiffres datent de 2021 et peuvent avoir évolué.

Un objectif de santé publique vise à réduire de 20 % la dénutrition des personnes de 70 ans et plus, à domicile comme en établissement. Le quatrième Programme national nutrition santé (PNNS 4, 2019-2023) prévoit aussi d’actualiser les recommandations nutritionnelles pour la restauration collective en EHPAD.

Comment la HAS diagnostique-t-elle la dénutrition après 70 ans ?

Le diagnostic repose sur la combinaison d’au moins un critère « phénotypique » et d’au moins un critère « étiologique ». Les critères actuels datent de la recommandation de la HAS du 10 novembre 2021.

Selon la Haute Autorité de santé, une personne de 70 ans et plus est dénutrie si elle présente au moins un critère phénotypique (perte de poids de 5 % en un mois ou 10 % en six mois, ou IMC inférieur à 22) et au moins un critère étiologique (apports réduits ou maladie). La dénutrition touche 4 à 10 % des seniors à domicile et 15 à 38 % de ceux vivant en établissement.

Seuils (70 ans et plus)
5 % ou plus en 1 mois, 10 % ou plus en 6 mois, ou 10 % ou plus par rapport au poids habituel avant la maladie
Seuils (70 ans et plus)
Inférieur à 22 kg/m²
Seuils (70 ans et plus)
Sarcopénie confirmée (baisse de la force et de la masse musculaires)
Seuils (70 ans et plus)
Maladie aiguë, chronique évolutive ou cancer évolutif, avec ou sans inflammation
Seuils (70 ans et plus)
Mauvaise absorption ou digestion des aliments
Seuils (70 ans et plus)
Apports réduits d'au moins 50 % pendant plus d'une semaine, ou toute réduction pendant plus de 2 semaines

Comment distinguer une dénutrition modérée d’une dénutrition sévère ? Une fois le diagnostic posé, la gravité se mesure ainsi :

Niveau
IMC
Perte de poids
Albuminémie
Modérée
20 à moins de 22
5 à moins de 10 % en 1 mois, ou 10 à moins de 15 % en 6 mois
30 g/L ou plus
Sévère
Moins de 20
10 % ou plus en 1 mois, ou 15 % ou plus en 6 mois
Moins de 30 g/L
Une femme qui déguste une assiette saine et équilibrée.

Un seul critère de sévérité suffit pour classer la dénutrition comme sévère. L’albuminémie sert à évaluer la gravité, pas à poser le diagnostic. Ces seuils sont à interpréter par un médecin.

Quels sont les signes d’alerte à surveiller ?

Une perte de poids involontaire est le premier signal. Le guide nutrition de Santé publique France destiné aux aidants de personnes âgées fragiles cite plusieurs signes d’alerte :

  • une perte de poids de 5 % en un mois ou de 10 % en six mois ;
  • une perte d’appétit, même avec une faible perte de poids d’environ 2 kg ;
  • une alimentation réduite pendant plus de trois jours ;
  • un réfrigérateur vide ;
  • de la fatigue, une activité réduite, un aspect plus mince.

Quand consulter ? Le même guide recommande de prévenir le médecin dès l’apparition d’un de ces signes. Il conseille aussi de le contacter si le poids varie de 2 kg ou plus en un mois.

Peser régulièrement : le geste le plus simple

La pesée est l’outil de dépistage le plus accessible. La HAS recommande de mesurer et noter le poids à chaque consultation ou hospitalisation.

À la maison, le guide de Santé publique France conseille de peser la personne une fois par mois. La pesée peut être hebdomadaire en cas de risque de déshydratation, après une infection ou un séjour à l’hôpital, ou en cas d’insuffisance cardiaque récente.

Une perte de 1 à 2 kg en une semaine peut signaler une déshydratation et appelle un avis médical rapide.

Les repères alimentaires pour un senior fragile

Une alimentation protectrice associe protéines, produits laitiers, féculents, fruits et légumes, et une bonne hydratation. Les repères ci-dessous viennent du guide de Santé publique France pour les personnes âgées fragiles.

Groupe d'aliments
Repère indicatif
Viande, poisson, œufs
Environ 2 fois par jour, poisson au moins 2 fois par semaine
Produits laitiers
3 à 4 par jour, avec des fromages à pâte dure, riches en calcium
Féculents (pain, pommes de terre, légumes secs)
À chaque repas, selon l'appétit
Fruits et légumes
Au moins 5 par jour
Boissons
1 à 1,5 litre par jour, y compris l'eau contenue dans les aliments
Rythme
3 repas et 1 goûter, avec au moins 3 heures d'écart ; une petite collation le soir si besoin

Ces repères s’adaptent à l’avis du médecin ou du diététicien, notamment en cas de maladie chronique.

Faut-il suivre un régime après 70 ans ? Chez une personne à risque de dénutrition, un régime restrictif n’est pas adapté sans avis médical. L’enjeu est de manger suffisamment et régulièrement.

Enrichir les repas quand l’appétit baisse

Enrichir un plat consiste à augmenter ses calories et ses protéines sans augmenter la quantité à manger. Le guide de Santé publique France propose plusieurs astuces :

  • ajouter du lait concentré non sucré, du fromage râpé, des œufs ou du jambon aux soupes, gratins et purées ;
  • préparer une béchamel ou une omelette aux pommes de terre, aux oignons et au fromage ;
  • proposer des desserts riches : flan, riz au lait, crème ;
  • utiliser du lait en poudre dans les préparations ;
  • ajouter des collations plutôt que d’imposer de plus grosses portions.

Que faire quand la personne mange très peu ? Il vaut mieux multiplier les petites prises dans la journée que forcer les grandes assiettes.

Les compléments nutritionnels oraux (CNO)

Les compléments nutritionnels oraux sont des produits hyperénergétiques et/ou hyperprotéinés qui complètent l’alimentation d’une personne dénutrie. Ils existent sous forme de boissons, crèmes, soupes, jus et biscuits.

D’après une fiche professionnelle diffusée par un site de lutte contre la dénutrition, ils sont prescrits lorsque les conseils alimentaires ne suffisent pas :

  • l’objectif minimal, en l’absence d’information plus précise, est d’au moins 400 kcal et/ou 30 g de protéines par jour ;
  • la prescription initiale couvre un mois, avec une réévaluation à 30 jours, puis un renouvellement par périodes d’un mois, puis tous les trois mois ;
  • le médecin prescrit ; le diététicien aide à choisir produits, textures et saveurs.

Les CNO complètent les repas sans les remplacer. La fiche mentionne une prise en charge par l’Assurance Maladie, sans en préciser les conditions : elles sont à demander au médecin et au pharmacien.

À domicile : qui peut aider ?

Plusieurs relais existent quand faire les courses ou cuisiner devient difficile.

  • Le médecin traitant : pesée, bilan, prescription éventuelle de compléments.
  • Le diététicien : évaluation des apports et plan alimentaire adapté.
  • Le portage de repas : de nombreuses communes et CCAS le proposent. L’organisation et les tarifs varient d’une commune à l’autre : à demander à la mairie ou au CCAS.
  • L’aide à domicile : aide aux courses et à la préparation des repas.

Pour l’aide humaine au quotidien, notre article sur l’APA détaille les conditions (GIR 1 à 4, sans condition de ressources).

En résidence senior ou en EHPAD

La restauration collective fait partie des critères à examiner avant de choisir un lieu de vie. Selon le type de résidence, le repas peut être inclus ou facturé séparément, comme le détaille notre article sur les services inclus et optionnels.

Questions à poser à l’établissement :

  1. Les poids sont-ils relevés régulièrement et tracés ?
  2. Un diététicien intervient-il, et à quelle fréquence ?
  3. Les textures et régimes particuliers sont-ils proposés ?
  4. Des collations sont-elles disponibles entre les repas ?
  5. Comment l’établissement réagit-il à une perte d’appétit ou de poids ?